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Usage rend maître

熟能生巧 Shú néng shēng qiǎo « Usage rend maître », « la pratique perfectionne ». Pour maîtriser une compétence, il faut étudier et pratiquer avec assiduité. Je suis rentrée il y a peu de […]


熟能生巧 Shú néng shēng qiǎo « Usage rend maître », « la pratique perfectionne ». Pour maîtriser une compétence, il faut étudier et pratiquer avec assiduité.

Je suis rentrée il y a peu de temps d’un « easter camp » avec Maître Wang Haijun, consacré à l’apprentissage de la forme Xinjia Yilu. Après avoir débuté une to-do list inspirée de ce stage, j’ai surtout retenu les mots qu’il a partagés en clôture, après 6 jours de travail intensif : « vous avez tous bien travaillé durant ce camp, mais c’est maintenant qu’il faut se mettre au travail car il ne suffit pas de comprendre pour savoir, l’essentiel reste à faire ».

Ces mots de conclusion me trottent dans la tête depuis, très bien résumés dans l’aphorisme 熟能生巧 Shú néng shēng qiǎo – « Usage rend maître » en en-tête de mes pages d’écriture.

Une autre traduction (qui est d’ailleurs celle de mon traducteur en ligne) en français nous amène à « c’est en forgeant qu’on devient forgeron » (lui-même issu du latin Fabricando fabri fimus « La pratique fait l’ouvrier »).

En tous les cas, cette phrase isolée résonne de façon toute particulière dans l’apprentissage du taichi : c’est par la pratique, par l’exercice (au sens de l’entraînement, de l’expérience répétée) que l’on acquiert de la compétence. Pour acquérir véritablement un savoir faire, il faut le pratiquer et non pas connaître seulement la théorie. C’est exactement ce que disait Maître Wang dans ses mots de conclusion.

Cet article s’intéresse donc à cette phrase, l’une parmi celles des nombreux principes et dictons qui caractérisent l’univers du taichi. Les aphorismes sont des moyens efficaces de transmettre de l’expérience humaine voire des réflexions philosophiques. Il y en aura donc d’autres ! 

La fable « Le vieux vendeur d’huile » d’Ouyang Xiu

Le Vieux Vendeur d’Huile, avec sa technique d’écoulement d’huile parfaitement maîtrisée (il réussit parce qu’il fait cela tous les jours), fait plier l’archer doué et vaniteux. La fable ne fournit aucun mot de louange à l’adresse du vieux vendeur d’huile, mais l’image de ce dernier – simple, honnête, compétent et modeste – est révélée à travers ses paroles et ses actes.

Cette histoire 1décrit la compétence du vieux vendeur et ses réflexions sur la manière d’acquérir une compétence (« usage rend maître ») : la pratique mène à la vraie connaissance, et l’habileté naît de l’exercice.

La fable du boucher Ting de Zhuangzi

Zhuangzi (Tchouang-Tseu) va plus loin dans l’intelligence du geste, et le développement du savoir pratique basé sur l’expérience, en particulier avec cette célèbre fable du boucher Ting dépeçant le bœuf (voir aussi celle du charron Bian taillant la roue).

Illustration de la fable du boucher Ting (artiste inconnu).

Le geste est-il éphémère ?

Un geste est, par essence, éphémère. Il est moyen d’action, moyen d’expression. Mais lorsqu’on le répète, lorsqu’on l’entraîne (pour un « geste technique » notamment), sa matrice se dessine plus profondément jusqu’à devenir un patrimoine immatériel : pour celui qui le travaille en tant qu’individu, mais aussi pour ceux qui le transmettent au sein d’un groupe.

C’est intéressant d’observer cette dimension dans Dishu3, l’art de la calligraphie éphémère à l’eau (qui consiste à pratiquer une écriture éphémère au sol en utilisant l’eau comme encre).

Cet art met en évidence le fait qu’il n’est pas besoin d’une preuve pour évaluer la qualité du tracé, du geste. Par ailleurs, le fait de pratiquer en extérieur permet des échanges avec d’autres, ouvrant des possibilités de d’expérimentation, de variation infinies.

Cette façon, plus poétique encore, de pratiquer l’art de la calligraphie, m’interpelle : elle ne laisse pas de trace, seul le geste (et les échanges qui l’accompagnent) compte. Mais ce geste n’est pas totalement éphémère : il s’est fait une place en celui qui l’a réalisé, il a contribué à l’acquisition de l’expérience.

Pratiquer n’est pas une fable !

Comme pour tout apprentissage, toute pratique, tout art (dans son sens le plus général, désignant la maîtrise d’un savoir-faire), dans le taichi il est nécessaire d’étudier avec assiduité pour aller vers une maîtrise des compétences.

Pour ancrer les gestes, pour expérimenter, observer, corriger, pour ouvrir le corps (ses articulations), pour développer les connections neuronales, pour former son « corps taichi ».

  1. https://baike.baidu.com/fr/item/Le%20Vieux%20Vendeur%20d’Huile/1541513#2-1 ↩︎
  2. Leçons sur Tchouang-Tseu, p. 16, Editions Allia, Paris, 2002, 2004. Chapitre III, Nourrir en soi la vie, Traduit du Chinois par Jean François Billeter.  ↩︎
  3. https://vimeo.com/69242167?fl=pl&fe=sh ↩︎

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