高探马 gāo tàn mă est en général traduit en français « Caresser l’encolure du cheval » ou « flatter l’encolure du cheval ». Ce mouvement apparaît deux fois dans la forme longue Yilu, et il est présent dans la forme courte en 18 mouvements de Me Chen Zhenglei.
C’est le début de l’année du cheval de feu, le cheval est donc particulièrement à l’honneur. Mais le cheval a toujours occupé une place privilégiée dans la civilisation chinoise. Dans la Chine antique, des pouvoirs surnaturels lui étaient même attribués. Plus tard, il est devenu un élément central des dispositifs militaires de la Chine impériale. Il est également un des objets d’étude favoris de la peinture traditionnelle. Il est donc normal qu’il ait sa place dans les arts martiaux chinois (la posture dite du cavalier Mǎ Bù 马 步 est une position centrale pour pratiquement l’ensemble des systèmes) !
Le nom du mouvement 高探马 gāo tàn mă serait une référence à l’image des anciens éclaireurs à cheval qui repéraient les positions ennemies. Son essence martiale consiste en une intention combinée de défense et d’attaque.
Description du mouvement
Cette vidéo fournit deux vues du mouvement Gao tan ma issu de la forme courte en 18 pas de Chen Zhenglei.
Le mouvement est exécuté avec quelques différences selon la forme (laojia yilu, xinjia yilu, forme courte), en particulier pour la première séquence. Quel que soit le cas, deux phases caractéristiques sont communes :
- Une phase d’assise arrière avec enroulement du bras droit, en position de l’arc – Gōng Bù 弓步 [étapes 2 et 3 de la vidéo]. C’est une phase d’intention défensive. L’action des bras est la conséquence du mouvement tournant de l’entrejambe et de la taille.
- Une poussée de la paume droite, en position de pas vide Xū Bù 虚步 [étapes 4 et 5 de la vidéo]. C’est une phase offensive, qui met l’accent sur la transition entre la force de défense et la force de d’enroulement. L’action de pousser avec la paume droite dépend du mouvement de rotation du corps, avec toutes ses parties liées ensemble (la torsion du torse permet de générer de la force, avec une traction entrecroisée entre la main gauche qui tire vers le bas et la paume droite qui pousse vers le haut).
Principes clés pour l’exécution du mouvement
- Alignement du corps : maintenir l’axe vertical de la colonne vertébrale (simultanément soulever le sommet de la tête et détendre la taille tout en abaissant les hanches pour éviter de se pencher vers l’avant ou vers l’arrière).
- Usage de la taille comme moyeu : lors du balayage avec la jambe gauche, utiliser le pivot de l’axe central du corps pour générer l’action de pousser avec la paume droite.
- Transmission de la force : la rotation de la taille et des hanches entraîne le mouvement des bras. Lors de la poussée, la force se propage de la plante des pieds à la base des paumes en passant par la taille et la colonne vertébrale.
- Transitions entre les positions vide et pleine : déplacer le centre de gravité en douceur lors des transferts.
- Coordination de la respiration : inspirer profondément pendant les étapes 2 et 4 ; expirer pour fermer en emmagasinant l’énergie (3) et pour libérer la force pendant la phase de poussée de la paume (5).
Origine du nom, choix de traduction

Indépendamment l’un de l’autre, les caractères signifient 高 gāo « haut », 探 tàn « explorer, repérer, chercher, tâter », 马 mă « cheval ».
Les traductions françaises de 高探马 gāo tàn mă convergent vers « caresser / flatter l’encolure du cheval », Catherine Despeux retient quant à elle « La main levée, caresser le cheval ». Tandis que les traductions anglaises offrent deux types d’interprétations : High pat on horse littéralement « tape haute sur cheval », ou Reach the horse on high place « atteindre le cheval depuis un endroit élevé » (comme une description d’un mouvement consistant à se mettre en hauteur et se pencher vers le cheval pour monter dessus).
Ces traductions laissent perplexes. Certes, c’est un exercice difficile : dans le processus d’internationalisation des arts martiaux, il faut chercher à préserver les caractéristiques techniques et culturelles traditionnelles. Les écarts linguistiques et les systèmes techniques hyper-spécialisés rendent la correspondance terminologique presque impossible. Il faut faire des choix pour assurer la transmission !
C’est intéressant de relever qu’un 探马 (探馬) tànmǎ est un terme militaire chinois signifiant « cheval d’éclaireur »1, qui désigne les cavaliers patrouilleurs mongols – archers émérites – de l’époque
de Genghis Khan au 13ème siècle. Les guerres avec les mongols ont fortement marqué l’imaginaire chinois.
On peut donc penser que le nom de la technique pourrait être issu des mouvements tactiques de l’ancienne cavalerie de reconnaissance ; cela porterait l’intention combinée défensive/offensive du mouvement. Ou de leur position d’archer, bras étiré, comme aux aguets sur sa monture.
Le terme Gao Tan Ma pourrait donc signifier quelque chose comme « Grand cheval éclaireur ». C’est une interprétation partagée par quelques auteurs praticiens2.

Cavalier mongol chevauchant aux côtés d’un administrateur. Peinture sur soie de l’époque Yuan (1271-1368)

Étant donné que le taijiquan a été influencé par des formes de combat à mains nues enseignées dans l’armée impériale (par exemple, Qi Jiguang), puis enseigné dans les académies militaires, il semble plus probable que le nom soit destiné à comparer le mouvement à l’image d’un éclaireur monté haut sur son cheval, plutôt que quelqu’un qui lève la main pour tapoter un cheval.
Le manuel de général Qi Jiguang décrit une posture « TENDRE LA MAIN VERS LE CHEVAL« , comme une technique défensive offensive, permettant d’ »avancer et reculer, esquiver et frapper (la faiblesse cède la place à la force) ».
Le nom du mouvement n’a probablement peu ou pas d’incidence sur son exécution correcte. Mais l’idée des éclaireurs à cheval, avec leur arc et leur rôle tactique, donne une image à l’intention du mouvement.
La place du cheval dans le taichi chuan, et au-delà (symbolique animale)
Plusieurs mouvements font référence au cheval dans les formes du taichi chuan de style Chen.
En dehors de gāo tàn mă « flatter l’encolure du cheval », le laojia yilu comporte yě mǎ fēn zōng « Séparer la crinière du cheval sauvage ». Dans ces deux mouvements, l’action est plutôt dans une logique d’alliance, voire de soin porté au cheval. Les autres animaux présents dans les noms des mouvements sont plutôt imités (la grue, le singe, le dragon) ou considérés comme à vaincre ou soumettre (le tigre).
Le cheval est avant tout un animal utilitaire : considéré comme la plus belle conquête de l’homme, il lui a permis en retour d’être décisif dans les explorations et les opérations militaires de conquêtes lancées par les dynasties chinoises. Je conseille la lecture de Jacques Pimpaneau « Les chevaux célestes » qui raconte la vie de l’explorateur chinois Zhang Qian au cours de la dynastie des Han3. Celui-ci, au IIe siècle avant notre ère, fit connaître à son pays les territoires de l’Ouest jusqu’à la Perse, posa les jalons de la Route de la Soie et rapporta de ses expéditions des chevaux si extraordinaires que l’empereur leur donna le nom de chevaux célestes (ses réflexions sur l’égalité dans les échanges culturels et commerciaux sont intéressantes également).
Présent dans le zodiaque chinois, le cheval porte une charge symbolique forte. Il incarne le mouvement, la circulation et symbolise l’énergie à son plus haut point. Sa vaillance et son endurance sont exemplaires. Il porte alors les symboles de réussite, de persévérance, et de vitesse.

Le mot 马上 mǎ shàng, composé de deux caractères 马 mǎ « cheval », 上 shàng « sur »/ »au-dessus », signifie « immédiatement /tout de suite ». Initialement, il évoquait l’idée d’une action imminente comme monter à cheval pour partir rapidement !
Difficile de terminer ce paragraphe sans citer la critique (à « ceux qui gouvernent le monde ») de Zhuangzi4 – chapitre 9 « Les sabots du ciel » :

« Les chevaux ont des sabots pour s’agripper au givre et à la neige, et des poils pour résister au vent et au froid. Ils mangent de l’herbe et boivent de l’eau, ils se cabrent et galopent, car c’est la nature innée des chevaux. Même s’ils avaient de grandes tours et de magnifiques salles, ils n’y prêteraient aucune attention. Cependant, lorsque Po Lo apparut, il dit : « Je sais comment dresser les chevaux. » Il les brûla au fer rouge, leur coupa les crins et les sabots, leur mit des licols, les bridèrent, les entravaient et les enfermaient dans des écuries. Sur dix chevaux, au moins deux ou trois meurent. Puis il les affame et les assoiffe, les fait galoper, les fait courir, les parade, les fait courir ensemble. Il maintient devant eux la peur du mors et des cordes, derrière eux la peur du fouet et de la cravache. Maintenant, plus de la moitié des chevaux sont morts.
Le potier a dit : « Je sais utiliser l’argile, la modeler en rond comme avec un compas et en carré comme si j’avais une équerre. » Le charpentier a dit : « Je sais utiliser le bois : pour le faire plier, j’utilise le gabarit, pour le redresser, j’utilise le fil à plomb. » Cependant, est-ce vraiment la nature innée de l’argile et du bois d’être modelés par le compas et l’équerre, le gabarit et le fil à plomb ? Il est vrai, néanmoins, que génération après génération a dit : « Po Lo est doué pour contrôler les chevaux, et en effet, le potier et le charpentier sont doués avec l’argile et le bois. » Et les mêmes absurdités sont proférées par ceux qui gouvernent le monde. »
Le cheval où l’on ne l’attend pas !
C’est l’année du cheval 🐎. Et cette année …
Grâce à la fonction poétique de la phonétique chinoise, un porte-bonheur inédit orne les centres commerciaux chinois et se propage sur les réseaux sociaux : le portrait de Tom Felton, incarnant le personnage de Drago Malefoy dans la saga Harry Potter.
En mandarin, Malefoy se prononce Mǎ’ěr fú (马尔福). Mǎ (马) pour « cheval », Fú (福) pour « bénédiction
ou bonne fortune
» (c’est le caractère que l’on retrouve sur les portes des maisons chinoises pour attirer la prospérité).
Drago Malefoy est devenu un porte-bonheur involontaire pour cette année du cheval. Son nom sonne comme si les chevaux apportaient la chance.

Mais c’est aussi l’année du Cheval de feu 🐎🔥. Le Feu vient amplifier la dynamique incarnée par le cheval : il crée la clarté et peut même consumer. Cette combinaison est donc synonyme de passion, de transformation subite et d’ambition parfois démesurée.
Les années du cheval de feu s’accompagnent d’une baisse sensible du nombre de naissances de filles en Chine et au Japon5, une croyance populaire voulant que les femmes « Cheval de feu » soient destinées à détruire leur mari, en tous les cas soient des femmes au caractère indomptables.
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Darugachi ↩︎
- https://tucsonchentaiji.org/related/HighPatOnHorse#footnote-9 ↩︎
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_des_chevaux_c%C3%A9lestes ↩︎
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Zhuangzi_(livre) ↩︎
- https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/cheval-de-feu-nouvel-an-chinois-baisse-demographie-mariage-croyances ↩︎




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